Du Pic au pichet, du crû au Christ...

Que vous habitiez la région depuis peu ou que vous y soyez nés, le Pic Saint Loup vous est certainement familier. Tel un vaisseau échoué noblement dans le paysage, il se dresse devant Hortus, sa montagne jumelle qui comme le quai d’un port lui fait face.

Pour beaucoup le Pic Saint Loup évoque le souvenir d’une ascension en famille ou entre amis, une ascension généralement mémorable par les efforts fournis pour en atteindre le sommet, à plus de 600 m. Efforts largement récompensés quand on peut admirer les monts Canigou et Ventoux à l’horizon.

 

Du Pic au pichet

Ce ne sont pourtant pas que les yeux qui sont stimulés à l’évocation du Pic Saint Loup. Pour beaucoup, Pic Saint Loup éveille l'image et suscite le goût d'un vin de la région, et même d'un excellent crû. En effet, les viticulteurs qui, autour de ce promontoire, cultivent la vigne depuis des millénaires ont fini par donner son nom à leur vin, une AOC désormais connue dans toute la France et au-delà, le Pic Saint-Loup [1].

Dans la région, ce nom a été récupéré et adopté par beaucoup pour appeler très joliment restaurant, camping, collège, société d’assurance, club de rugby… et même église. En effet, il existe une Église Protestante du Pic Saint Loup à Saint Gély du Fesc.

Vu la proximité géographique du pic et de ces établissements, organisations et associations, il était naturel de les désigner par cette belle référence.

 

Du crû au Christ ?

Cependant, pour l'église, une autre raison a justifié ce surprenant nom de baptême Certes, un rappel de la personne de Thieri Loup, qui aurait combattue en Terre Sainte pour libérer le tombeau du Christ, pourrait apporter une justification historique. Mais l'Église est protestante et peu familière à la dévotion des saints, même si Saint Loup s’est illustré par sa dévotion. La cause pour laquelle le saint homme s’est battu n’a pas été une source d’inspiration pour cette église.

La Bible signale que Jésus-Christ est ressuscité et donc que son corps ne repose plus à Jérusalem. Ni les croisés ni les croisades ont justifié le nom d'emprunt de Pic Saint Loup à l'Église protestante, mais, plus simplement et plus naturellement, l'évocation vinicole elle-même.

En effet, la vigne était cultivée depuis la plus haute antiquité dans cette région du monde qui a accueilli le peuple biblique et le Christ, à savoir le Proche Orient. On a retrouvé des représentations de cette culture sur d’anciens monuments en Assyrie et des représentations de cueillette de raisin ou de fabrication de vin jusque dans les palais les plus reculés d'Égypte. Osiris était d’ailleurs considéré comme l'inventeur de sa culture.

 

À la lumière de la vigne

Parmi les histoires bibliques les plus populaires, on évoque sans surprise les noces de Cana, une fête qui a failli devenir triste sans l'intervention in extremis de Jésus transformant de l’eau en excellent vin [2]. Tout au long de la Bible, le lecteur remarque de très nombreuses références viticoles [3]; l’importance de la vigne, du raisin et du vin dans ce texte se vérifie surtout dans la symbolique. Le Christ, communicateur exceptionnel, utilise des éléments simples de la vie de tous les jours pour illustrer son message d’amour. Par exemple, avec audace, il montre l’intimité qui doit s'établir entre ses disciples et lui :

''Je suis le cep, vous êtes les sarments ; celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits.'' [4].

Cette image du cep a d'ailleurs inspiré un architecte de la ville de Montpellier, Marcel Bernard, qui a fait réaliser par les ouvriers du domaine de Valmagne [5] une imposante croix sur laquelle le Christ est figuré par des ceps de vigne (voir photo ci-dessous). Mais la symbolique la plus marquante relative au vin est celle qui est encore en vigueur aujourd'hui dans tous les lieux de culte chrétien. Le vin n'est-il pas avec le pain, l'un des symboles représentatif et fondamental de la foi chrétienne [6].

Les croyants du monde entier célèbrent la mort et la résurrection du Christ avec ces deux éléments qui rappellent que Jésus n’est pas venu dans ce monde pour se faire servir, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup [7].

Michel PETERSCHMITT (biologiste) et Eric DENIMAL (journaliste, théologien et conférencier)

     

     

Vidéo "Croix et ceps" (Version Flash)

Photo "Croix et ceps" (Domaine de Valmagne)

Tableau "Vendanges au Pic Saint Loup" (Guy DUPRET, artiste-peintre de Saint-Gély du Fesc)

 

1- http://www.pic-saint-loup.com

2- Évangile selon Jean, chapitre 2, versets 1-11

3- http://bible.75cl.com/les_vieilles_outres_et_le_vin_nouveau.htm

4- Évangile selon Jean, chapitre 15, verset 5

5- http://www.valmagne.com

6- Première épitre de l’apôtre Paul aux habitants de Corinthe, chapitre 11, versets 23-25

7- Évangile selon Marc, chapitre 10, verset 45